Mourir à l’identification de l’enfant blessé pour renaître au regard de l’amour inconditionnel de la grand-mère dans notre cœur.

Il était une fois une petite fille qui vivait dans un appartement menu avec sa famille. Ils étaient très pauvres, et déjà petits, les enfants devaient aider à gagner de l’argent. Dans cet hiver particulièrement froid, à l’approche du nouvel an, la petite fille devait vendre des allumettes dans le centre de la grande ville.

Un jour où il avait beaucoup neigé, la petite marche dans la rue principale, les allumettes à la main. Elle n’a pas de manteau, deux pantoufles trop grandes à ses pieds. Ses haillons ne la protègent pas du vent glacial. Des petits voyous se moquent d’elle. Ils essayent de la faire tomber. En s’enfuyant, elle perd une pantoufle. Un de ses petits pieds touchant le sol glacé, son beau visage se tourne vers les passants, tous occupés à leurs derniers achats avant le réveillon. Emmitouflés dans leurs manteaux de laine et de fourrure, les passants pressés de rentrer au chaud l’ignorent.

La petite a de plus en plus froid, mais elle n’ose pas rentrer à la maison sans avoir vendu ses allumettes. La rue est éclairée par la lumière qui émane des maisons. Elle s’arrête, et voit à travers les fenêtres une famille autour d’une grande table éclairée par des bougies. Les enfants rient, mangent, boivent. Elle continue en grelottant, et s’arrête devant une autre maison. Un grand sapin de Noël avec des dizaines de bougies scintille, un feu brûle dans la cheminée.

Elle a tellement froid qu’elle n’arrive plus à avancer. En prenant une petite ruelle elle se blottit contre le mur. Pour se chauffer, elle allume une des allumettes. Une petite flamme l’éclaire. Elle en allume une autre. La petite flamme la fait sourire. Quand une rafale de vent amène des flocons de neige la transperçant jusqu’aux os, elle allume toutes les allumettes d’un coup. Que de lumière, que de chaleur !  Dans cette bulle de lumière, la petite voit le visage aimé de sa grand-mère, décédée il n’y a pas longtemps. La grand-mère, avec un sourire merveilleux, lui tend les bras. Dans une étreinte douce, chaude, et plein d’amour, elle l’emporte avec elle.

Le lendemain, des passants trouvent la petite gelée, les allumettes brûlées dans ses petites mains, un sourire sur son visage.

Petite, je lisais et relisais ce conte, en plongeant dans les illustrations. En tant que conteuse, ce conte m’a des fois posé problème. Des enseignants ne voyaient dans ce conte qu’une histoire triste autour de la mort, non appropriée aux enfants dans un cadre pédagogique.  

La trame du conte, alignant les images symboliques comme des perles sur un fil, permet d’interprétations multiples. Nous pourrions interpréter ce conte écrit en 1845 par Hans Christian Andersen comme un portrait de l’injustice sociale de l’époque. Nous pourrions faire une parallèle avec la situation actuelle, par rapport à l’isolement dans lequel de nombreuses personnes se trouvent. Nous pouvons voir ce conte comme une histoire qui parle de toute forme d’exclusion et d’isolement. Nous pouvons en effet le voir comme un conte sur la mort, mais aussi comme un conte qui rassure l’enfant par rapport à sa ressource de trouver du réconfort quand il se sent tout seul dans le noir.

La métaphore du conte permet toutes ces interprétations en même temps. Chacun de nous est un royaume aux contes multiples. Voyons ce que le conte m’inspire par rapport à la thérapie de l’enfant intérieur.

En moi, erre une petite fille aux allumettes, qui par moment se sent privée de chaleur, de reconnaissance, d’étreintes. En moi, des adultes pressés, ignorants la souffrance de cette partie de moi, se dépêchent d’aller se mettre à l’abri auprès d’une source externe d’amour et de chaleur. Dans mon cœur habite une grand-mère aimante, source de bienveillance et d’amour.

Mon corps est une ville. Où je choisis d’habiter ? Est-ce que je suis capable, quand je me sens petite fille aux allumettes, transie de froid, d’aller chercher dans mon cœur la grand-mère aimante pour accueillir les souffrances de l’enfant blessé ? Ou est-ce que je l’ignore, m’identifiant à un de ces passants pressés à chercher une source de réconfort dans le monde extérieur ?  C’est moi qui choisis, à chaque instant. J’aime voir ce conte comme une métaphore de comment je m’exile, comment je m’exclus, à chaque fois que j’ignore les demandes d’amour de mon enfant intérieur, même s’il est difficile, des fois, de l’accueillir. Pas facile non plus, d’écouter mon cœur, où habite la grand-mère, vue que les autres parties de moi font bien plus de bruit.

Pour écouter la voix de la grand-mère dans notre cœur, il faut se poser, devenir silencieux, écouter, méditer.

Moi c’est la nature qui m’aide. Entourée des rochers et des arbres bien plus vieux que moi, bien plus grands que moi, je deviens silence. Dans ce silence, je peux ressentir l’étreinte douce de ma grand-mère intérieure.

Le conte de la Petite Fille aux Allumettes nous invite à mourir à l’identification de l’enfant blessé exclu, du passant ignorant ses souffrances, et de renaître au regard de l’amour inconditionnel de la grand-mère dans notre cœur, et ceci à chaque instant.

 

Marthe Horard
Mormoiron, le 23/12/2020

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