Apprendre à accueillir la demoiselle couverte de poix en nous

 

Dans la thérapie de l’Enfant Intérieur, nous apprenons à connaître toutes les facettes de notre enfant blessé. En l’accueillant avec bienveillance, nous pouvons reconnaître quels sont ces véritables besoins.  

Mon Enfant Intérieur a besoin que je l’amène marcher dehors, tôt le matin, avec ma chienne Bambou.

 

L’automne. Regarder les couleurs chaudes. Ressentir la vie se retirer à l’intérieur des arbres et des plantes. Reconnaître les visages des elfes et des fées dans les troncs moussus. Marcher sur les feuilles tombées, desséchées, contempler les arbres dénudés. Se sentir mélancolique, mais en même temps calme, paisible.

Mourir pour renaître, comme dans le conte de Dame Hiver. Ce conte a été un de mes préférés quand j’étais petite. J’aime l’image de la jeune fille qui secoue les édredons de Dame Hiver pour qu’il neige sur la terre. Les frères Grimm ont noté ce conte, raconté par une vieille personne en Allemagne, dans la région de Hesse, sous le nom de « Frau Holle ».

Avec l’arrivée l’hiver, j’ai envie de plonger dans la symbolique de ce conte, répandu en Europe mais aussi en Inde. Ce conte nous rappelle évidemment le rythme de la nature : la Vie, éclatante pendant l’été, se retire pour rester sous la terre sous forme de graine pendant l’hiver pour renaître au printemps. Ce cycle peut évoquer également le cycle de la réincarnation, thème répandu dans des mythes et des textes sacrés comme par exemple l’Edda, le livre sacré Islandais.

Comme dans beaucoup de contes, l’histoire commence avec une veuve qui a déjà une fille d’elle-même, et une belle-fille. On ne parle ni du père, ni de la vraie mère de la belle-fille. Comme dans beaucoup de contes, la vraie fille de la marâtre lui ressemble, elle est laide et paresseuse. La belle-fille est travailleuse et belle. Dans Les Fées de Perrault on retrouve le même thème : la marâtre fait sans cesse travailler sa belle-fille. Toute la journée, elle doit filer la laine auprès d’un puits.

Un jour, quand elle a travaillé pendant des heures, ses jolis doigts saignent et tâchent la quenouille. En lavant la quenouille tâchée de sang dans l’eau du puits, la quenouille lui échappe des mains et tombe dans l’eau. Quand elle rentre, sa marâtre hurle qu’elle doit aller retrouver la quenouille à tout prix ! Désespérée, la jeune fille saute dans le puits.

Elle perd connaissance et se réveille dans une verte prairie.

Par le fuseau tâché de sang qui tombe dans le puits, nous retrouvons la symbolique du fil de la vie rompu. Le symbole du puits en elle-même nous indique déjà un passage vers un autre monde. Un monde onirique, où l’on peut trouver un four à pain au milieu d’une prairie.

C’est dans ce monde parallèle où la jeune fille rencontre un pommier avec des pommes qui attendent d’être cueillies. Elle prend le temps de remplir la panière au pied de l’arbre de ces belles pommes mûres, symboles de sagesse. Puis, au milieu de la prairie, elle découvre un four à pain. Elle entend crier le pain cuit à point qui veut sortir du four. Le pain, symbole de la Vie … Bien sûr elle les sort, ces pains, elle a intégré la notion que la Vie est sacrée.

Et puis elle arrive auprès de cette petite maison devant laquelle se trouve une vieille femme avec de grosses dents. En allemand, cette vieille femme s’appelle “Frau Holle”. Dame Holle est reliée aux déesses nordiques Hertha, Frigg et Holda. D’origine germanique, Hertha est la déesse de la paix, de la fertilité, et du mariage. La déesse nordique Frigg file les nuages. Elle est la déesse de la vie et de la mort, la protectrice des tisserands et la reine des elfes et des nains.  Le mot “Holle” est relié à “Hel”, le monde souterrain, notre “enfer”. La déesse Holda est une déesse préchrétienne qui gouverne le temps : l’eau, la pluie, la neige, le soleil. 

Au début Dame Hiver lui fait peur, mais rapidement elle se rend compte de sa gentillesse, et elle accepte son offre de rester chez elle. Dame Hiver lui demande de secouer les édredons pour qu’il neige sur la terre. Cette image nous évoque plutôt le ciel. Les cristaux de neige avec leur forme harmonieuse me font penser à l’amour inconditionnel qui descend sur la terre.

La jeune fille reste chez Dame Hiver. Malgré le fait qu’elle est bien traitée, elle commence à avoir envie de rentrer chez elle. Timidement, elle en fait part à Dame Hiver, qui propose de l’accompagner. La jeune fille doit passer sous une porte monumentale. La vieille femme lui rend sa quenouille, et au moment où elle passe dessous, une pluie d’or descend sur elle, et un coq, perché sur la porte, chante : Cocorico, voici la belle demoiselle toute dorée !

Le chant du coq, à l’aube d’un nouveau fil de vie à filer…Riche de sagesse et d’amour inconditionnel, l’âme recommence une nouvelle vie ….

La marâtre est envieuse. Elle souhaite que la même chose arrive à sa propre fille ! Elle l’ordonne de jeter la quenouille dans le puits et de sauter également. Mais elle, quand elle arrive dans la belle prairie, et que les pommes souhaitent être cueillies, elle les laisse sur l’arbre. Quand le pain l’appelle pour être sortie du four, elle fait la sourde oreille. Elle marche vite pour atteindre son but, la petite maison de Dame Hiver. Bien sûr la vieille femme l’accueille.

La jeune fille paresseuse travaille à peine. Cet hiver-là, il ne neige pas beaucoup sur la terre. Rapidement, elle dit vouloir retourner chez elle. Dame Hiver l’accompagne au grand portail, lui rend sa quenouille, et en passant sous la porte monumentale, la fille reçoit une pluie de poix, cette substance collante et malodorante. Cocorico ! Chante le coq. Voici la jeune demoiselle toute noire !

Que faire de ce conte, en sachant qu’un conte merveilleux n’est ni jugeant, ni moralisateur ? Consciente du fait qu’il y a plusieurs manières d’analyser, interpréter, aborder un conte, je me contenterai ici d’une vision personnelle.

Les deux filles évoquent deux aspects de ma personnalité. La demoiselle dorée, qui sait cueillir les pommes mûres, qui sait sortir les pains cuits du four, c’est mon potentiel, mon Enfant Divin. Pleine de gratitude pour ce don merveilleux qui est la Vie, cette partie considère chaque épreuve comme une chance d’apprendre, de grandir, de me désidentifier de ma partie conditionnée, l’enfant blessé en moi. Cette partie sait pardonner, remercier, partager.

Dans mon processus d’individuation, je dois aussi accepter ma demoiselle toute noire envoyée par sa mère pour revenir couverte d’or. Si j’accepte pleinement mon humanité, je peux l’accueillir en moi, mon Enfant Blessé. Chargé de mémoires familiales, celui-ci a dû développer des stratégies pour obtenir de la reconnaissance, cherchant à se conformer au surmoi transgénérationnel : les attentes transmises de génération en génération. Cherchant à l’extérieur d’elle, cette partie oublie à chaque fois que la plus grande source de reconnaissance se trouve à l’intérieur d’elle-même.

A moi d’être sa mère aimante, son père sécurisant.

A moi de lui apprendre à faire neiger sur la terre des flocons d’amour.

Marthe Horard

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